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Les couleurs d'Arménie

L’Arménie et la France

Une longue amitié

 

Peuple de l’exil et de l’errance, contraint ou volontaire, les Arméniens ont essaimé aux quatre coins de la planète, vu beaucoup de pays, fondé des colonies ou des communautés dans nombre d’entre eux. Dans cette carte de la dispersion, ou diaspora, dont les contours mouvants ont été dessinés par les aléas d’une histoire qui n’a pas été tendre pour l’Arménie, la France a de tout temps occupé une place à part, exerçant sur les Arméniens une indéniable attraction. Si dans les années 1915-1920, les Arméniens, fuyant les déportations et les massacres de l’Empire ottoman, ont cherché refuge en France en grand nombre, c’est aussi parce qu’ils considéraient ce pays comme leur seconde patrie. En hommage à cette longue amitié, la France organisait, de septembre 2006 à juillet 2007, une  » Année de l’Arménie  » qui fut l’occasion de mieux faire connaître ce pays, par l’intermédiaire de ses intellectuels ainsi que de ses artistes, exposés dans différentes villes.

Rencontres croisées en Cilicie

 

Cet attrait pour la France, qui a pris le tour, dans la classe cultivée, d’une véritable fascination, s’appuie sur une longue tradition d’échanges, dont l’Arménie cilicienne a été le creuset. C’est dans ce royaume arménien de Cilicie, qui prospéra du XIIe au XIVe siècle, entre Taurus et Méditerranée, dans les confins turco-syriens, que Français et Arméniens apprirent à se connaître. Doté d’une façade maritime où le port d’Ayas, grouillant d’activité, lui ouvrait une fenêtre sur le monde, ce royaume arménien occupe une place de premier plan au Moyen Age et  » émerveille  » à ce titre Marco Polo, qui fait le récit de son arrivée en Cilicie (1271) dans le premier chapitre de son célèbre Livre des Merveilles. Des liens étroits se tissent à cette époque entre les noblesses arménienne et franque, consolidant les alliances politiques par des mariages qui contribuent à l’interpénétration des cultures.

La cour arménienne sera alors profondément marquée par les habitudes françaises, comme en témoigne l’usage toujours en vigueur du mot  » baron  » pour dire  » monsieur  » en arménien. La personnalité et le destin du dernier roi arménien, Léon V, donnent une dimension hautement symbolique aux relations arméno-françaises. Appelé à régner sur une Cilicie à l’agonie, ce prince de la lignée des Lusignan, une famille poitevine installée sur le trône du royaume latin de Chypre, accompagnera les derniers jours du royaume arménien, qui succombe sous les coups des Mamelouks d’Egypte ; ceux-ci le feront d’ailleurs prisonnier avant de le renvoyer en France contre rançon. Le dernier roi arménien est donc un seigneur poitevin, et sa tombe se trouve dans l’abbaye de Saint-Denis, dans la banlieue parisienne.

Avec la disparition de la souveraineté arménienne, c’est par le commerce que se consolident les liens avec la France. Dominant le commerce, de la soie principalement, entre l’Orient et l’Occident, les riches négociants arméniens deviennent les ambassadeurs itinérants de leur pays oublié dans différentes villes d’Europe, où ils établissent des comptoirs, puis des colonies appelées à devenir le noyau de communautés prospères. Principale puissance politique et économique de l’époque, la France ne manquera pas d’attirer les Arméniens. Mais au XVIIe siècle, il s’agit encore d’un phénomène marginal, limité à quelques aventuriers du négoce, dont certains se feront toutefois un nom dans le royaume de France, contribuant à y populariser l’Arménie qui incarne alors une certaine image de cet Orient à la fois fascinant et inquiétant.

L’Arménie à la mode de Rousseau

 

En témoigne l’intrusion des Arméniens dans l’imaginaire français, illustrée par les tragédies Polyeucte et Bajazet où Corneille et Racine leur attribuent les premiers rôles. Dans le même temps, les Arméniens se prennent à espérer que la France pourra à nouveau venir au secours de leur pays déchiré entre les Empires perse et ottoman. Mythe toujours vivace dans la mémoire collective des Arméniens, la prophétie médiévale de saint Nersés, qui avait annoncé la délivrance de l’Arménie par les Francs, retrouve toute son actualité. Pressenti comme le possible  » restaurateur de la liberté « , Louis XIV leur donnera quelques raisons d’espérer ; mais en cette seconde moitié du XVIIe siècle, l’époque des croisades est bien révolue, et les projets des Arméniens visant à créer une vaste coalition associant la Perse, l’Occident et les chrétiens d’Orient contre l’Empire ottoman tournent court. Il n’en reste pas moins que les marchands-diplomates arméniens avaient su faire bénéficier de leur connaissance et de leur expérience de l’Orient les stratèges d’Occident, qui s’en inspirèrent sans doute pour former la Sainte Ligue.

Le siècle des Lumières, curieux de tout et intrigué par l’Orient mystérieux –  » Comment peut-on être Persan ?  » s’interroge Montesquieu dans Les Lettres persanes – permettra tout naturellement aux Arméniens de se faire une place au soleil de l’Occident. En France, c’est sous le soleil de la Provence et de Marseille, plaque tournante du commerce entre l’Orient et l’Occident, que les Arméniens installent leurs quartiers, suscitant en retour l’intérêt croissant des Français pour leur civilisation. Parmi eux, Jean Althen, un Arménien né en Perse en 1711 et mort en 1774 à Avignon, où le musée Calvet entretient le souvenir de ce  » bienfaiteur du Midi de la France « , par un marbre gravé lui attribuant le mérite d’être  » l’introducteur et premier cultivateur de la garance dans le territoire d’Avignon « . Ce sont aussi les négociants arméniens qui introduisent la mode des  » cafés « , bien avant que les cosaques russes vainqueurs de l’armée de Napoléon ne donnent un nom aux bistrots parisiens (grands habitués des débits de boissons de la capitale, les soldats du tsar ponctuaient leurs commandes d’un autoritaire bistro !, qui signifie  » vite  » en russe), et de manière bien plus pacifique… C’est ainsi que le premier café parisien, le Procope, a été fondé par un Arménien en 1672, ou plutôt par l’un de ses  » disciples  » : petit gentilhomme originaire de Palerme, Procopio dei Coltelli avait ouvert le café du quartier Saint-Germain qui porte encore aujourd’hui son nom, après avoir loué ses services de garçon de café à l’Arménien Pascal, ou Artin. Ce dernier s’était fait connaître en  » ouvrant un établissement à la foire Saint-Germain où il débitait le liquide à la mode moyennant deux sous et demi la tasse : il gagna beaucoup d’argent à ce commerce et naturellement, il se trouva vite des imitateurs. Pascal avait transféré son  » Caffé  » rue de Bussy ; on y jouait aux dames et, dès 1676, les limonadiers furent érigés en communauté…  » (Bois de F. Moncharton, Paris à travers les siècles, 1860).

Ces quelques Arméniens connus suffiront à produire un  » effet de mode  » auquel ne sera pas insensible Jean-Jacques Rousseau, qui se plaisait à s’habiller à la mode arménienne. Vers la fin de sa vie, le philosophe se faisait même volontiers appeler «  l’Arménien « , justifiant le port de son costume, confectionné en 1756 par son tailleur arménien de Montmorency, par de très prosaïques problèmes de santé :  » Le fréquent usage des sondes me condamnant à rester souvent dans ma chambre me fit mieux sentir tous les avantages de l’habit long « , écrit-il dans ses Confessions. Mais son inséparable toque en fourrure, qui complétait sa tenue  » arménienne « , obéit de toute évidence moins à des impératifs d’hygiène qu’à une attirance du philosophe pour un style vestimentaire qui semblait avoir aussi séduit Eugène Delacroix. Dans une lettre adressée en août 1850 à son ami Soulier, le peintre écrit notamment :  » Voilà une conformité de plus que tu me trouveras avec ton cher Rousseau. Il ne me manque plus que l’habit d’Arménien et tu sais que je soupire après sa possession « . On ne sait si le peintre a pu se procurer la tenue qu’il convoitait. Toujours est-il que l’Arménie est passée de mode au XIXe siècle, sans que le siècle précédent lui eût apporté les  » Lumières  » espérées.

La France et la question arménienne

 

Frappée de plein fouet par les crises politiq

ues secouant les Empires perse et ottoman, l’Arménie sombre dans les ténèbres, dans l’indifférence de l’Occident, tandis que le déclin de la Méditerranée, centre nerveux des échanges internationaux jusqu’alors, entraîne celui du commerce traditionnel qui avait fait la fortune des négociants arméniens. N’espérant plus d’aide de la France, les Arméniens se tournent vers la puissance du Nord, la Russie, qui fait son apparition dans le Caucase. Que le célèbre  » mamelouk  » de Napoléon, Roustan, ait été d’origine arménienne n’y changera rien : souvent représenté aux côtés de Napoléon Ier, son fidèle serviteur, arborant fièrement turban et tenue chamarée, apporte une touche orientale à l’iconographie impériale, mais sans aucune  » retombée  » politique pour les Arméniens. Pourtant, il n’est pas interdit de penser que sa fidélité envers l’Empereur ait  » incité ce dernier à s’intéresser aux gens du Caucase, de l’Arménie en particulier, et l’on ne s’étonnera pas que le gouvernement impérial ait créé une chaire d’arménien à l’Ecole des langues orientales vivantes  » (La France et l’Arménie à travers l’Histoire, Frédéric Macler, Paris, 1917), une chaire toujours en activité à l’INALCO. Ajoutons que Napoléon, qui se montra impitoyable lors de l’occupation de Venise, fit preuve d’une surprenante clémence envers les moines du couvent arménien mkhitariste de l’île de San Lazzaro, épargné par les pillages des grognards.

Il faudra attendre la fin du XIXe siècle pour que les Arméniens retrouvent leur place dans la vie publique française, avec la question d’Orient, qui internationalise le conflit les opposant aux autorités ottomanes. Les Arméniens se cherchent alors d’autres  » protecteurs  » que les Russes, qui ont certes soustrait l’Arménie caucasienne à la tutelle de l’Empire perse, mais pour lui imposer une pesante domination coloniale. Alors que l’Empire russe se pose en protecteur naturel des chrétiens d’Orient, la France pourrait résoudre une question d’Orient qui tend à devenir l’otage des rivalités russo-turques ; et c’est vers elle que se tournent naturellement les Arméniens pour lui demander de venir en aide aux provinces arméniennes ployant sous le joug ottoman.

Sans doute la diplomatie française de l’époque ne sera-t-elle pas exempte de tout soupçon, et sera-t-elle tentée elle aussi d’instrumentaliser la  » question arménienne  » dans la lutte d’influences que se livrent les puissances occidentales qui se portent au chevet de l’Empire ottoman et de son sultan,  » l’homme malade de l’Europe « . Il reste qu’au tournant du XXe siècle, s’exprimera en France un réel mouvement de sympathie à l’égard des Arméniens, à mesure que parvenaient les nouvelles des atrocités dont ils étaient victimes à l’est de l’Empire ottoman : les massacres de 1894-1896 vont provoquer dans l’opinion publique française une profonde indignation, relayée par les prises de position véhémentes des hommes politiques et de l’intelligentsia en faveur des Arméniens. Ce mouvement d’opinion se perdra toutefois dans les horreurs de la Première Guerre mondiale, qui étoufferont les condamnations, par les hommes politiques français, des massacres des Arméniens perpétrés à partir de 1915 par les Turcs ottomans alliés de l’Allemagne, massacres pour lesquels la qualification de génocide restait à trouver.

Observant le deuil de ses fils morts pour la patrie, l’opinion française avait oublié les Arméniens, tandis que la classe politique, occupée à gérer les dispositions du traité de Versailles (1919), ne manifestera qu’un intérêt limité pour celui de Sèvres (1920), dont les clauses concernant la création d’un Etat arménien sur les décombres de l’Empire ottoman sont dues essentiellement aux pressions des Etats-Unis. L’application des dispositions du traité de Sèvres ne semble pas préoccuper outre mesure la diplomatie française, plus soucieuse désormais de se tailler une place dans le Moyen-Orient déchiré entre les intérêts antagonistes des Turcs et des Arabes que de défendre les intérêts de l’Arménie. Celle-ci vient de tomber dans l’orbite soviétique et de ce fait dans un total oubli, comme le montrera le traité de Lausanne (1923), fossoyeur de celui de Sèvres. L’Arménie et la question arménienne appartiennent donc déjà au passé quand les réfugiés arméniens fuyant les déportations et les massacres dans l’Empire ottoman, puis dans la République turque que Mustafa Kemal est en train de créer sur ses ruines (incendie de Smyrne en 1922), débarquent à Marseille au début des années 1920.

Les réfugiés arméniens de Marseille à Paris

 

Pour ces réfugiés dans le plus total dénuement, encore sous le coup du traumatisme du génocide, la France représente l’espoir d’une vie nouvelle. Mais le mythe de  » l’Arménie sauvée par les Francs  » a vécu, emporté par une  » realpolitik  » sur l’autel de laquelle les Arméniens estiment avoir été sacrifiés. Les derniers espoirs de voir se réaliser la prophétie de saint Nersès s’envolent avec les navires de guerre français qui évacuent les Arméniens de Cilicie (un épisode relaté par Franz Werfel dans son livre Les 40 jours de Mousa Dagh, où l’écrivain autrichien retrace la résistance héroïque des Arméniens de cette région face aux troupes turques), réduisant à néant les rêves, toujours vivaces au début des années 1920, d’un  » foyer national arménien de Cilicie  » sous protectorat français.

Les Arméniens sont dès lors tiraillés entre deux sentiments contradictoires, celui d’avoir été trahis par un pays dont ils attendaient le salut et sous les drapeaux duquel ils se sont battus, au sein de la Légion d’Orient, et la reconnaissance qu’ils lui témoignent pour les avoir recueillis. Mais pour la première génération de réfugiés arméniens, porteurs, comme les Russes, du  » passeport Nansen  » des réfugiés politiques apatrides, la priorité, c’est l’intégration, sinon l’assimilation ; un processus ardu, dans une société française meurtrie par la guerre et peu encline à accueillir des étrangers.

Arrivés en France avec souvent pour seuls bagages leur foi naïve dans l’amitié franco-arménienne, ces réfugiés, des paysans illettrés pour nombre d’entre eux, feront l’expérience amère de l’indifférence, voire du rejet. La Grande Guerre a effacé le capital de sympathie dont les Arméniens disposaient dans la société française, les renvoyant à l’anonymat dans une opinion publique qui a oublié les vibrants plaidoyers dont la presse se faisait l’écho quelques années auparavant. C’est donc dans la plus grande discrétion que les Arméniens de la première génération, une  » génération sacrifiée « , dira-t-on, travailleront à leur intégration, ou plutôt à celle de leurs enfants, pour lesquels ils se saignent aux quatre veines, préparant leur promotion sociale.

En jetant l’ancre à Marseille trois siècles plus tôt, les marchands arméniens avaient l’ambition de faire fortune en Occident. Leurs descendants, ces réfugiés misérables qui ont échoué dans la cité phocéenne après avoir erré de campements bédouins syriens en camps de transit grecs, n’ont d’autre ambition que de survivre, se contentant d’expédients mais dans le souci de la dignité, en sublimant leurs difficultés dans le labeur. De Marseille, ils remontent la vallée du Rhône, travaillent dans la métallurgie, les mines, ou les fabriques de textiles, partout où l’on a besoin de cette main-d’oeuvre qui fait cruellement défaut à la France au lendemain de la guerre. Dans chacune des villes industrielles qui jalonnent leur  » montée  » vers Paris où ils espèrent trouver plus facilement du travail, à Valence, Saint-Etienne, Saint-Chamond ou encore Lyon ou Grenoble, ils se regroupent en communautés soudées par des liens de solidarité et par le maintien des traditions nationales.

Mais chez ces immigrés, pour la plupart paysans ou artisans déracinés, la cohésion communautaire se conjugue avec un certain individualisme peu compatible avec la société urbaine et industrielle. Soucieux de recréer, autant que possible, l’environnement et les modes de vie qu’ils avaient dû quitter, ils préfèrent habiter la banlieue, où ils construisent souvent de leurs mains leurs pavillons entourés d’un jardinet, plutôt que Paris intra-muros, où les quartiers de Belleville puis de Cadet, dans le IXe arrondissement, seront pourtant longtemps les centres nerveux de l’Arménie dans la capitale.

Le travail à l’usine ne convenant pas à leur tempérament, ils choisissent le travail à domicile auquel tous les membres de la famille participent ; ils sont tailleurs, cordonniers, coiffeurs, épiciers ou marchands forains. Au fil des ans, ils agrandissent leurs commerces et leurs entreprises, les enfants font des études supérieures, embrassent souvent des carrières libé­rales, s’orientent parfois vers les arts. Ces réfugiés  » Nansen  » apatrides accomplissent leurs devoirs militaires de Français en 1939-1945, s’illustrant parfois dans la Résistance, comme le communiste Missak Manouchian, fusillé au mont Valérien par les nazis avec ses camarades de l’  » Affiche rouge « .

 

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